Hommage à Georges Gérard

Publié le par Clothilde d'Adamo

Je commencerai donc par un hommage à mon grand oncle Georges Gérard, né en 1914 et qui malheureusement nous a quitté il y a quelques jours: le 17 mars, alors âgé de 92 ans... Je n'en ai que de bons souvenir, il a toujours été très gentil avec moi. C'était un homme brillant d'intelligence, même sur la fin, son cerveau n'a jamais flanché. Dans sa jeunesse, il avait fait math sup et avait mis au point un système pour mettre de la couleur dans les films de l'époque qu'il a ensuite revendu aux frères Lumière.

Ah oui! Georges le passionné de cinéma! Il nous racontait comment il séchait les cours de mathématiques pour aller aux séances privées de cinéma car il savait que les cartons d'invitation étaient pour deux personnes, il demandait donc quand il voyait une personne seule s'il pouvait profiter de son invitation...

Georges l'ingénueux, qui voyant que dans toutes les émissions de l'époque il y avait des problèmes de caméras mal règlées et qui s'était inventé lui même son métier: rester immobile toutes les heures nécessaires devant la caméra pour que les réglages de lumière etc soit parfait sans fatiguer les acteurs, bien installés à côté et qui discutaient avec lui. Il avait ainsi connu: Charles de Gaulle, Luis Mariano (mon idole d'enfance), Cocteau et tant d'autres dont je ne me souviens plus du nom.

Georges l'audacieux qui, désireu de connaître Jean Gabin lui avait tout simplement téléphoné et avait dit:
- Bonjour, je suis Georges Gérard
- Mais je ne vous connait pas, avait répondu Gabin
- Et bien maintenant vous me connaissez!
Il me disait toujours: "Il faut essayer, si les gens te disent non, tant pis, mais ils peuvent toujours dire oui!"

Georges l'amoureux, qui depuis son adolescence était tombé amoureux d'une actrice nommée "Anabella", s'était promis d'aller voir tous ses films, et rêvait de la connaître un jour au hasard d'un plateau de tournage... ce n'était pas sur un plateau qu'il l'avait rencontré, c'était une fois de plus son audace et sa passion qui lui avaient permis cette rencontre:

"Mon directeur me dit un jour que le soir même il avait rendez-vous avec l'actrice nommée "Anabella", il ne connaissait pas tous ses films comme moi, et m'avait donc demandé de lui faire une petite liste pour avoir l'air plus intéressé... Le lendemain, il revient, content de sa soirée et je lui demande comment cela s'est passé, il me raconte brievement puis me parle d'un détail qui l'a choqué: la star s'étant mariée avec l'acteur américain Tyron Powell, sur sa porte, il y avait seulement écrit: Madame Powell, et non Anabella. Je lui demandais si je pourrais un jour la rencontrer...
- Mais non Georges c'est une femme importante, elle peut rencontrer des gens comme moi mais pas des gens comme vous...
- De toute façon, vous venez de me donner son adresse!
- Mais je ne vous ai rien donné du tout!
- Vous venez juste de me dire qu'elle s'appelait Mme Powell, je n'ai plus qu'à chercher dans l'annuaire!"

Et c'est ce qu'il a fait, il a appelé son idole depuis l'adolescence et lui a dit qu'il le faisait de la part de son directeur, elle l'a invité chez lui, et ainsi à commencé une histoire d'amour de plus de 10 ans (il me semble), jusqu'à la mort d'Anabella qui a été très dure pour Georges....

Et enfin, Georges mon grand-oncle, je te t'ai pas beaucoup beaucoup connu, mais j'ai encore le petit singe que tu m'avais offert quand j'étais petite, les beaux meubles de maison de poupée en bois lustré qui me faisaient rêver et que tu m'avais acheté. Je me souviens aussi de ton regard mêlé de confiance et d'encouragement lorsque je voulais faire du thèatre mon métier, vers 12 ans, et que j'avais appris la tirade des nez de Cyrano de Bergerac et que je la clamait, debout et de ma toute petite voix dans un bistrot romain plein à craquer pour ne déranger personne... les tables avoisinantes avaient commencée à se taire puis tout ce restaurant s'était tu petit à petit pour me laisser déclamer et dans le dernier "car je me les sers moi même, avec assez de verve, et je ne permet pas, qu'un autre me les serve", le maître d'hôtel avait éteint la lumière et tout le monde m'avait applaudi. Je me souvient ta fièreté à me montrer devant tes amis Angelo et sa femme japonaise Satchiko (qui nous a malheureusement quitté elle aussi). Merci pour se beau moment de confiance en moi que je n'oublierai jamais. Je me souviendrai aussi, la dernière fois que je t'ai vu, à Paris, lorsque nous partions sur le trottoir en nous faisant des signes et que tu m'as fait signe de revenir, pour me parler encore une fois, pour m'embrasser encore une fois, j'avais senti que le contact passait bien entre nous.

Et pour finir mon cher Georges, sur cet hommage ou malheureusement il manque tellement de choses, j'aimerai te remercier encore une fois pour cette magnifique lettre (et les actes qu'elle a impliqué) toi qui étais très croyant, tu m'avais écrit que le jour de mon mariage (je cite ses paroles, elle seront de toute façon plus intenses que les miennes):

"Le 15 septembre 2005 à 19 heures (à Paris) je penserai intensément à Clothilde et à Juan. Les églises seront peut-être déjà fermées mais je demanderai, confidentiellement, à Dieu de vous bénir tout au long de votre vie."

Merci pour ces mots qui me dont encore pleurer, merci d'avoir dit à ma mère 2 jours avant de mourir que tu aimais bien Juan parce que c'est un chercheur et que c'est bien de travailler dans la recherche...

Mon gentil Georges, demain tu seras donc enterré et, moi qui n'ai pas l'habitude d'aller dans des églises, je demanderai pourtant, confidentiellement, à Dieu, qu'il t'acceuille de la meilleure manière et que ton amour Anabella soit à côté de lui pour t'attendre.

Adieu Georges.
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Publié dans ma petite vie

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